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La grande hypocrisie de l'achat responsable de vêtements

5 marques éco-responsables

On est lundi, alors l’épisode de podcast est sorti. Il s’appelle : la grande hypocrisie de l’achat responsable de vêtements. C’est ce qu’on pourrait appeler un oxymore. Moins poétique que le “soleil noir de la mélancolie” de Nerval mais pas loin.

Aussi disponible sur Apple podcast, Deezer et les autres.

Cet épisode n’est pas uniquement sur ce thème de l’achat responsable mais c’en est une partie assez symptomatique de ce que j’essaie de faire avec Menswear Family. J’essaie de me confronter à des points de vue différents.

Parce que je baigne dans un milieu averti sur le sujet. Et je ne traite (presque) qu’avec des gens qui alertent sur le côté immoral de la mode et comment contrer ses dérives. D’ailleurs, ces gens-là souvent, ne font qu’en parler, c’est très souvent une façade et dans les faits, le comportement n’est pas le même.

Je m’efforce tous les jours d’être exemplaire et de réfléchir à ma consommation. Mais je suis moi-même hypocrite car :

  • en tant qu’influenceur, je peux… eh bien… vous influencer et vous faire consommer des vêtements

  • j’ai moi-même beaucoup trop de vêtements pour une seule personne, ce n’est pas raisonnable

Toutefois, je compense

  • je n’utilise mon influence que sur des produits et marques qui sont responsables. Et là où mon engagement est le plus vif, c’est là où il est le plus invisible, c’est-à-dire dans mes refus de collaborations rémunérées avec des marques que je considère comme non vertueuses et faisant donc partie du problème. Ce n’est pas facile de refuser un chèque mais c’est pour moi primordial pour que vous ne me retiriez jamais la confiance que vous avez placée en moi.

  • j’insiste toujours sur la seconde main, le neuf n’est pas une priorité pour moi

  • j’insiste sur le fait qu’il ne faut pas acheter ce dont on n’a pas besoin

  • si j’ai beaucoup de vêtements, ce n’est pas juste que je suis un foufou de la fringue, mais aussi qu’il faut bien que je vous montre des associations différentes de vêtement, auquel cas, voir 35 tenues avec un jean brut et un t-shirt blanc ne m’assurerait pas votre attention

Ensuite, il y a des choses contre lesquelles il est difficile de lutter :

  • La plupart de nos tissus sont fabriqués en coton. Le coton est une fibre naturelle mais sont exploitation n’est pas forcément écologique. Elle nécessite beaucoup d’eau. D’ailleurs, plus loin, j’ai une marque de jeans à vous donner (ou vous rappeler) qui a réduit drastiquement son gaspillage d’eau

  • Le coton, en plus d’être gourmand en eau pousse très loin de chez nous. Il y a des initiatives en France. Mais c’est, à l’heure actuelle, anecdotique. Donc déjà, même si le vêtement est fait au Portugal, la fibre qui a servi à sa matière a parcouru des milliers de kilomètres.

Le greenwashing qui nous arrange

Souvent, on est tenté de croire les marques surtout quand ça nous arrange. C’est-à-dire quand ce n’est pas cher.

Mais n’imaginez pas qu’il y ait des solutions miracles : acheter des vêtements neufs pas chers ne peut pas être vertueux. Il y a une injustice dans le vêtement : c’est un objet de commodité très banal mais qui nécessite un savoir-faire, des techniques et la multiplication de gestes et soins qui, pour que cet objet soit de qualité, pèsent lourdement sur le coût de fabrication. Ce que je veux dire, c’est que le raccourci que l’on fait entre objet du quotidien et objet peu cher ne tient pas toujours.

Et peut-être même qu’on peut se dire une autre chose : on devrait mettre le plus d’argent dans les objets de notre quotidien qu’on utilise le plus. Les vêtements entrent dans cette catégorie.

Ce n’est juste que parce que nous avons décidé que nous voulions plus de vêtements dans nos armoires que cela nous est soudain devenu insupportable qu’ils nous coûtent cher.

Réfléchir, économiser, acheter, chérir

Le pas cher élude la réflexion. Quand c’est pas cher, on s’imagine qu’on peut se permettre de se tromper. Et on laisse l’envie de nouveauté prendre le pas sur les mathématiques et la raison. Car si on se trompe 3 fois dans l’achat d’un jean à 60€, ça nous fait un budget de 180€ pour aller dégoter le jean idéal pour soi.

Donc paradoxalement, se tromper autant est un luxe. Donc vous apprécierez le sophisme qui consiste à dire “je n’ai pas les moyens d’acheter des vêtements pas chers". Entendu et apprécié chez mon ami Luca Llaccio.

La première des choses à observer, c’est qu’il ne faut jamais se précipiter à l’achat. Il faut se demander si la pièce coche les cases essentielles d’un achat réussi :

  • La coupe va-t-elle à ma morphologie ?

  • La matière est-elle adaptée à ma sensibilité ?

  • La couleur va-t-elle à mon teint ?

  • Je m’imagine facilement porter cette pièce avec tel ou tel autre vêtement

  • Je n’ai pas de doute quand je porte la pièce

  • Cette pièce me procure-t-elle du plaisir quand je la porte / ai-je hâte de la porter ?

Une fois qu’on a trouvé la pièce idéale, si elle est trop chère, au lieu de chercher une alternative pas chère, il faut économiser. Prendre le temps. Toujours. Parfois ce n’est pas pratique et ça peut être frustrant. Mais ce n’est rien comparé au moment où vraiment on va l’avoir entre les mains.

Et surtout, après l’achat, il va se passer quelque chose de surpuissant : vous allez chérir cette pièce, plus que tout autre pièce dans votre dressing. Vous allez en prendre soin, la faire durer et elle vous apportera une grosse dose de confiance et de réconfort quand vous allez la mettre. Là, vous allez toucher du doigt ce que ça fait de vraiment s’habiller. Avant, vous ne faisiez que mettre des vêtements sur vous et le cœur n’y était pas.

Des marques qui font les choses bien

Évidemment, il y a Hast, Bonnegueule et Octobre. Mais je voulais aussi mettre la lumière sur d’autres marques dont je parle moins ici.

Comment ils font leurs jeans :

  • Ils utilisent du coton bio pour tisser leur toile (origine pas précisée, ça peut être Tanzanie, Bénin, Turquie ou autres)

  • Ils tissent eux-mêmes à Nîmes leurs toiles.

  • Le jean est assemblé à Barcelos, au Portugal.

Donc par rapport à beaucoup d’autres marques, une empreinte carbone beaucoup moins élevée pour ces jeans. ET EN PLUS : ils n’encollent pas leurs fils de coton comme 99,9% du marché, ils les doublent pour les rendre plus solides et aussi économiser des litres et des litres d’eau.

Comme quoi, on peut avoir un propos mode et être éco-responsable. J’aime particulièrement le travail de design. En fait, l’éco-responsabilité n’est pas l’axe principal. L’axe principal, c’est le style des produits qu’ils vendent. Et finalement, l’éco-responsabilité est juste la manière unique dont ils envisagent la production de leurs vêtements.

Généralement, ce sont les marques qui ne crient pas sur tous les toits qu’ils sont responsables qui le sont le plus.

La marque m’a gentiment offert des pulls. J’ai pu recevoir un pull de la ligne homme, qu’elle lance très bientôt. Mais aussi le pull col roulé que vous voyez ci-dessus (en prune) et rassurez-vous, vous pouvez le porter même si vous êtes un homme. En fait, personne ne le saura.

Les pulls sont fabriqués en Espagne, à la commande, lentement et avec de la laine sourcée avec soin en Europe, garantie sans maltraitance animale. Bref, pour un bon gros pull robuste et bien fait, c’est là qu’il faut aller.

Vous n’entendrez pas S.E.H Kelly dire qu’ils sont éco-responsables. Et pourtant, ils le sont. C’est juste leur manière de faire. C’est naturel, logique pour eux. C’est éco-logique.

Les vêtements sont conçus et fabriqués à Londres, avec des matières britanniques. Enfin bon, on peut difficilement les coincer.

Et c’est beau, c’est à la fois rustique, authentique et moderne.

La démarche est la même que S.E.H Kelly. Bien produire, bien concevoir, c’est l’impulsion. Le fait que cela donne des vêtements éco-responsables n’en est que la conséquence heureuse.

De très belles pièces toujours justes chez De Bonne Facture. Le tarif est élevé. Il reflète le soin apporté aux vêtements.

Tricot, c’est du cachemire recyclé et une fabrication à Venise, en Italie. Voilà la recette. Simple, efficace.

Au début, Brut, c’était une friperie. Maintenant c’est une marque qui transforme des tissus vintage en pièces neuves. Donc pas de production inutile de tissu. Ce n’est pas vrai sur toutes les pièces mais y’en a suffisamment pour s’amuser. Et puis, c’est fait à Paris ou au Portugal en général.

Le travail de design est vraiment enthousiasmant. Les bases classiques sont twistées par l’ajout de poches, le retravail d’un patron un peu cropped etc. Un travail que j’apprécie particulièrement.

Peut-être ma marque préférée. Voilà, je l’ai dit. Et attention, les matières parfois sont composées avec un pourcentage de fibres synthétiques. Mais c’est toujours pour rendre le tissu original et c’est toujours en quantité très faible et également, c’est toujours sur des pièces qu’on lave peu (donc pas de microplastique dans l’océan).

J’apprécie chez AKOG la très forte créativité de l’équipe que ce soit à travers les pièces ou le contenu produit.

J’espère que la marque continuera longtemps (pour toujours ?) dans cette voie.

Mes amis, la newsletter prend deux semaines de vacances en cette fin d’année. Je tire un peu la langue. J’ai des projets qui tombent et c’est tant mieux. Mais cela est aussi éreintant. Je dois ménager ma monture pour voyager loin, comme on dit.

Passez de bonnes fêtes auprès de ceux que vous aimez.

Allez, la bise à tous,